Une autre vue de l’allégorie des sapins et mélèzes

L’allégorie « les Sapins et les Mélèzes » de Johanne Lemieux, revisité:

Stéphane, participant aux ateliers en préadoption « Les liens du cœur » a été inspiré par le l’allégorie de Johanne Lemieux « les Sapins et les Mélèzes ». Il nous propose une jolie suite que je vous invite à partager…

A sa lecture, je me replonge dans mon enfance au cœur des Alpes valaisannes, le jour où mon grand frère avait fait la connaissance d’un mélèze. Amateur de l’escalade des sapins, il redescendit plus vite que prévu d’une ascension lorsqu’une branche se brisa sous son poids, à sa grande surprise. Il comprit que les fines branches des mélèzes sont plus fragiles que celles des sapins. Malheureusement, sa jambe l’était tout autant.

Malgré tout, le mélèze est un arbre robuste. Son puissant enracinement lui confère un rôle protecteur en cas d’avalanche, son écorce épaisse le protège en cas d’incendie et de température glaciale, son esprit aventureux lui permet de se développer là où la forêt n’existe pas encore, en haute altitude et sur des terrains où rien n’a poussé depuis des années. Il résiste beaucoup mieux aux maladies que les autres espèces montagnardes et certains spécimens accumulent les siècles.

Le mélèze a toutefois une structure aérée qui laisse passer les rayons du soleil pour le bien de toutes les espèces. En laissant tomber ses aiguilles au sol, il favorise la formation d’humus propre à accueillir les graines des autres conifères. Et comme chez les feuillus, ses aiguilles jaunissent, rougissent et brunissent avant de tomber. Le mélèze est bel et bien le « Roi des forêts »!

Aujourd’hui, ma profession d’architecte me permet de mieux connaitre le mélèze en tant que bois de construction et ses avantages sont bien connus. De tous les résineux, le mélèze est le bois le plus durable et le plus solide. Il est pérenne, imputrescible, imperméable et ne nécessite aucun traitement. Il est utilisé pour la charpente, la menuiserie et les bardeaux de toiture.

La teinte rougeâtre du mélèze est élégante et chaleureuse, et, même laissée au naturel, elle se teintera avec le temps d’une couleur grise argentée. A mes yeux, le mélèze est donc un bois précieux, par ses qualités physiques (beauté intérieure) et par son physique (beauté extérieure).

Le mélèze est donc naturellement un bois de construction plus cher que le sapin. Lors de la visite d’une scierie, on me présenta des troncs de sapins et mélèzes fraîchement coupés. L’écorce du mélèze, plus épaisse, mais aussi un tronc plus craquelé, diminue le volume de bois utilisable pour la construction vis-à-vis du sapin. Cela ajouté à une plus grande rareté des spécimens dans nos forêts et une situation souvent périlleuse pour les bûcherons, je comprends mieux la valeur du mélèze.

Plus résistant, mais aussi plus agité. Le mélèze est un bois nerveux et son travail nécessite plus de patience que pour les autres conifères. J’ai en mémoire des portes d’armoires en panneaux de mélèze qui ont décidé de leur propre chef de se cintrer peu de temps après leur arrivée dans leur nouvelle maison. Mais également une lame de façade qui décide chaque hiver de ne pas rester sagement à sa place à l’angle d’un chalet de montagne, et cela malgré un rappel à l’ordre d’un charpentier à la fin de chaque hiver. Le mélèze a toujours été mon bois préféré même si je connais son caractère bien trempé. Et maintenant je sais que les enfants adoptés sont des mélèzes, pas des sapins.

Stéphane, architecte, 2017

 

2017-03-23T14:38:20+00:00 le 23 mars 2017|Non classé|

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